Tout vient à point à qui n’attend rien

Faut que je vous dise, tout arrive quand on y croit plus. Ou plutôt, quand on n’attend plus

Trois ans de galère

Ces dernières années n’ont pas été faciles pour moi. A l’été 2013, je décidais de faire face à ma responsabilité de victime ce qui m’a mené, au début de l’été 2014, à un licenciement et à trois ans de chômage durant lesquels, heureusement, j’ai pu décrocher environ 18 mois de missions en tant qu’expert indépendant. Reste que ces trois années ont été difficiles. Difficiles et pourtant tellement riches en enseignements.

Je suis propriétaire d’une villa. Lorsque mon ex est parti, j’ai repris ses parts, et mon salaire très élevé, début 2012, me permettait de reprendre la dette hypothécaire à mon seul compte, pour autant que je trouve le moyen d’avoir un revenu supplémentaire. C’est ainsi qu’est venu l’idée de transformer un espace à la base prévu pour être un atelier et une cave en appartement locatif. Sitôt dit, sitôt fait (enfin… ça a quand même pris un an). C’est donc ainsi que je me suis retrouvé seul propriétaire d’une villa contemporaine d’architecte, avec un locataire dans un petit appartement annexe.

La descente aux enfers

Fin 2011, je mettais fin à 16 ans de collaborations avec mon employeur. Durant la première moitié de 2012, j’avais un très bon salaire. Puis mis 2012, j’ai choisi de changer encore une fois d’entreprise car je m’ennuyais, et dans un esprit « start-up » j’ai accepté une première baisse de salaire sur les promesses d’un nouvel employeur que celui-ci n’a jamais tenues. Il en a résulté une baisse de prêt de 40% sur mon dernier salaire pendant les 4 mois que j’y ai passé. Puis j’ai trouvé encore un nouvel emploi et j’ai négocié un 80%, ce qui m’a parmi de remonter de 8%. Ce salaire me permettait encore de payer mes charges grâce à mon locataire qui couvrait une partie des intérêts de ma dette hypothécaire.

Et il y a eu le clash avec un chef pervers narcissique à l’été 2013, puis le travail sur ma condition de victime à répétition, ma prise de responsabilité, et enfin mon licenciement à la mi 2014. Et là, ça a été le choc financier. En Suisse, le chômage couvre 70% du dernier salaire pendant 400 jours sur deux ans au maximum (un peu comme pour les garanties voitures… à la première échéance atteinte, tout s’arrête). Comparativement donc à mon salaire de début 2012, quand j’ai repris la charge de ma maison (pour ceux qui suivent), je me suis retrouvé avec un revenu moitié moins élevé. Et toujours une maison à charge.

Le décor est planté: des centaines de CV, quelques rares entretiens qui n’ont mené à rien de concret mon profil étant particulièrement atypique, j’ai commencé à prendre peur. J’ai bien décroché quelques missions freelance à ce moment-là: Trois mois par ici, trois mois par là. Aucune n’a débouché sur un emploi fixe (un CDI comme disent les français), et je voyais mes réserves fondre comme neige au soleil.

Saisir les opportunités

Lorsque j’ai fait l’appartement locatif, j’avais pensé que si un jour je me retrouvais dans une situation difficile, une solution serait d’y vivre et de louer la maison. Mais je balayais en général très vite cette idée. Cette maison, je l’ai voulue, elle était à mon image, et je pouvais difficilement imaginer ne plus y vivre.

C’est là que la première opportunité s’est présentée: fin 2015, une amie qui vivait dans un appartement dans la région souhaitait déménager en attendant de partir définitivement à l’étranger. Je lui ai donc proposé de louer ma chambre d’ami. Cette manne a été la bienvenue. Mais elle n’allait pas durer. Puis début 2016, une seconde opportunité s’est profilée: un ami ayant trouvé un job dans la région cherchait une chambre à louer le temps de faire ses trois mois d’essais. Je lui ai alors proposé de dormir dans mon bureau dans la maison ce qu’il a accepté. Voilà qui réglait mes inquiétudes pendant encore quelques mois.

Quand il n’y a plus d’espoir

Je vous le disais, le chômage en Suisse, c’est 2 ans ou 400 jours-indemnité. Il faut savoir que même si l’on trouve des postes temporaires pendant cette période, le délai de 2 ans reste valide. Au chômage depuis l’automne 2014, je voyais alors arriver à grand pas l’échéance de l’automne 2016. bien que nous ne soyons qu’au printemps, je savais bien que mon amie aurait quitter la Suisse d’ici à l’automne, et que mon ami aurait lui fini ses trois mois d’essais, et trouvé un logement pour sa petite famille, ou serait reparti dans sa région. Panique à bord. Il me serait impossible sans revenu de continuer de payer les mes charges, même avec un locataire dans l’appartement annexe. L’idée d’aller vivre moi-même dans cet appartement me paraissait toujours difficile à imaginer et, dans tous les cas, virer un locataire pour prendre sa place ne serait pas une mince affaire. Qu’allais-je devenir ? Allais-je perdre ma maison ? Allais-je me retrouver à la rue ? sans le sous (toute mon épargne étant dans mon patrimoine immobilier, et donc à la merci du bon vouloir de la banque en cas d’impossibilité de payer).

Lâcher prise

J’avais le choix entre paniquer, me laisser déprimer, angoisser, ou de lâcher prise. J’avais à ce moment là une mission en Belgique, très difficile moralement et précaire. A tout moment, elle pouvait s’interrompre (ce qui est arrivé d’ailleurs durant l’été). C’est alors, durant donc ce printemps 2016, que j’ai décidé que … tant pis: advienne que pourra. Je me suis dit que de toute façon, en Suisse, en étant moi-même suisse, et plein de ressources, je ne finirais pas à la rue: qu’au pire, j’irais au social, voire chez Emaüs, à l’Armée du Salut, que sais-je. J’ai décidé que l’argent n’avait pas d’importance, que la maison n’avait pas d’importance, que seule la vie avait de l’importance. J’ai décidé que rien ne m’arriverait à moi, à ma personne. et J’ai lâché prise.

C’est là que l’inimaginable est arrivé. Mon locataire, oui oui, celui de l’appartement annexe, m’annonce qu’il souhaite partir pour se mettre en ménage avec sa nouvelle copine. Sans réfléchir, je saisis cette ultime opportunité, et lui dit qu’il n’a pas besoin de trouver de repreneur, que je reprendrais moi-même l’appartement.

Tout s’enchaîne. Je parle à mon ami en période d’essai de mon intention de déménager et là il me dit qu’il aime bien ma maison, que sa période d’essai est à son terme, et qu’il faut trouver un logement pour sa famille. Que si sa famille aime la maison il est preneur. Je jubile. J’ai confiance en lui, je pense qu’il fera un bon locataire. Confiant, je prépare un bail. Sa famille aime la maison. Ils signent, et en juillet 2016, je déménage dans l’appartement annexe, et la petite famille s’installe dans la maison, cette maison que j’ai si bien pensée pour moi, et en même temps pour que d’autres puissent s’y sentir bien 🙂

Je revis. Je reprends confiance. Me voilà dans le petit appartement avec un loyer plus modéré, un locataire qui couvre la plus grande partie des mes charges immobilières. Je vois la fin de chômage avec une certaine sérénité.

Rechute

La mission en Belgique s’arrête pendant l’été. La reprise est totalement incertaine. Je continue de chercher du travail mais je me fais une raison: je n’arriverai pas à échapper à la fin de droit. Je me prépare à aller au social demander de l’aide car même si ma maison est sauvée, il reste que je ne pourrai subvenir à l’ensemble de mes besoins sans revenu. Et là nouvelle surprise, la mission reprend au moment même de ma fin de droit. Voilà l’espoir de revoir un droit d’une année de chômage à nouveau possible si la mission venait encore à s’arrêter (car si l’on travaille au moins 12 mois sur les derniers 24 mois, le droit de chômage peut être rouvert pour une année).

La situation reste précaire. La mission est intéressante mais le projet est en danger. Puis la fin est annoncée pour le printemps 2017. Juste assez pour que je puisse repartir en effet pour une année de chômage. Ca reste le chômage. Je perds espoir de trouver un emploi fixe. J’ai toutefois une nouvelle corde à mon arc car durant cette mission où j’ai eu l’opportunité de travailler pour une société dont le nom sur un CV se fait remarquer, j’ai acquis des connaissances sur un produit qui me passionne. Je le mets en avant, sur mon CV, sur les réseaux sociaux. Je veux travailler pour l’éditeur de ce produit. En mars 2017 j’en approche le directeur Suisse lors d’un de leurs événements commerciaux. Ils n’ont pas de poste à ce moment-là. Chou blanc.

En mai, la mission en Belgique s’arrête. Cette fois c’est pour une durée indéterminée, il n’y a pas de doute. Mon mandataire me donne quelques autres missions, probablement reconnaissant de mes efforts durant ce projet difficile, il s’agit malheureusement d’une semaine par ici, une semaine par là et la précarité est à son maximum. J’ai lâché prise. Je vis au jour le jour. J’ai bien eu un entretien plutôt positif avec une société dans laquelle je n’ai pas vraiment envie de retourner, et où j’ai toutefois décidé d’accepter le poste vu la situation s’ils venaient à me le proposer. Et une fois de plus, c’est raté. Je suis de nouveau dans cet état d’esprit. Qu’importe, rien n’a d’importance. Je ne mourrai pas, et ne finirai pas à la rue. Si je dois aller faire des petits boulots pour survivre, je le ferai.

Rebond

Puis durant l’été, coup de théâtre: Un homme que je connais pas me contact par linkedIn. Il travaille pour l’éditeur du fameux produit. La société pour laquelle je veux vraiment travailler. C’est un commercial, il cherche son binôme technico-commercial, et a repéré mon profil sur le réseau social. Nous prenons rendez-vous pour aller manger, faire connaissance. Le contact passe bien. Nous sommes sur la même longueur d’onde. Il transmet mon CV aux ressources humaines. Je fais un premier entretien téléphonique, basique, puis un second, plus approfondi, durant lequel on me demande de présenter la société en question. Mon approche plaît. On me donne ma chance. Et en septembre 2017, je commence un nouvel emploi fixe… enfin… Après trois ans de précarité, et de montagnes russes émotionnelles, me voici dans un poste fixe, dans la boîte dans laquelle je voulais être.

Les enseignements

Cette période a été riche en enseignements, je le disais en introduction.

Minimum vital

Pour commencé, elle m’a permis de savoir quel était véritablement mon minimum vital financièrement. Tant qu’on a un salaire confortable, qu’on a pas besoin de compter, on n’y prend pas garde. Dans la précarité, j’ai été obligé de faire face à mes responsabilités, et j’ai eu la bonne surprise de voir que je pouvais vivre avec beaucoup moins que ce que je gagnais auparavant sans pour autant risquer de mourir de faim.

La peur n’apporte rien

J’ai également appris que la peur n’apporte rien. Nous passons notre vie à avoir peur de choses qui n’arriveront jamais. j’ai eu peur de la fin du chômage, peur de finir à la rue, peur de perdre ma maison, peur de ne jamais retrouver d’emploi. J’ai traversé des moments de déprime, de désespoir. Et pourtant, j’ai chaque fois rebondi. Dans les moments de lâcher-prise, je me suis senti beaucoup mieux. La peur disparaissait. Et pourtant la réalité ne changeait pas

Tout vient à point à qui n’attend rien

On l’a vu dans cette histoire, c’est au moment où j’ai lâché prise que les opportunités les plus inattendues se sont présentées. J’ai aujourd’hui la conviction que c’est arrêtant de s’accrocher aux scénarios prédéfinis que le champs des possibles s’ouvre, et qu’en émerge les solutions dont nous avons besoins à l’instant T. J’ai vécu plusieurs exemples durant ces trois années de galères. Et à bien y réfléchir, j’en ai vécu d’autres dans ma vie. Si je m’étais accroché à mes idées, à mes croyances, mes envies, je n’aurais pas vu, pas créé, pas saisi la plupart de ces opportunités.

Rien de ce qui m’arrive n’est grave

J’ai depuis décidé que rien de ce qui m’arrive n’est grave. Je reste, autant que peu se faire, loin de mes peurs, et j’évite de faire des scénarios dans ma tête. J’ai arrêté d’imaginer ce qu’on pense de moi, ce qu’il pourrait arriver si ceci ou cela. Bien sûr, c’est un travail au quotidien. Mais plus le temps avance, et plus c’est facile. Les choses qui doivent se passer se passent qu’on en ait peur ou pas. Alors pourvoir avoir peur ? La seule peur qui est utile est celle qui me sauve la vie, lorsque, par exemple, sur un sentier escarpé, je perds l’équilibre et qu’elle me fait bander d’un coup tous mes muscles dans un effort désespéré pour me faire pencher du côté du terrain plutôt que du côté du vide. Mais la peur de ce qui n’arrivera peut-être jamais ? je n’en veux plus. Je la lâche. Des fois, elle me prend par surprise, alors je la remercie, et l’a renvoie d’où elle vient. Depuis, la vie est bien plus belle 🙂

Et vous ? Quelles leçons avez-vous tiré de vos galères ?

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