La revanche de la victime, ou comment transformer l’échec

Faut que je vous dise, ce week-end, je suis allé en randonnée. Je suis parti pour deux jours. 26km, 2200m de dénivelé positif, un environnement et des vues à couper le souffle.

Pourquoi donc vous parle-je de ma randonnée ? Quelle rapport avec la victime et le pervers narcissique me direz-vous ? J’y viens.

Le lieu choisit n’est pas anodin. Le Vallon de Réchy. Un paradis alpin, réserve naturelle, dans lequel l’impact de l’homme a été limité aux bergeries et aux moutons. C’est également l’endroit où j’ai fait une randonnée avec mon ex, personne au comportement pervers narcissique s’il en est. C’était à l’occasion d’une semaine de vacances en montagne. Nous avions loué un chalet. Le second jour, un ami à mon ex nous a rejoint, et nous sommes parti pour une randonnée vers le vallon de Réchy.

A cette époque-là, je pesais entre 115 et 120kg. Je savais que ma limite, en randonnée, était de 3h. Donc 1h30 aller 1h30 retour. C’est une information que j’avais partagé avec mon ex, bien sûr. Je ne voulais pas lui gâcher son plaisir à le laisser imaginer qu’on pourrait faire plus.

Nous partons donc à trois pour le Pichioc, marais de l’Ar du Tsan. Il nous a effectivement fallu 1h30 pour le rejoindre. Jusque-là, tout se passe bien. Arrivé, mon ex propose alors de continuer jusqu’au lac Le Louché. Je ne connais pas du tout la région et n’étant pas encore un grand habitué des randonnées, je n’ai aucune idée de la topologie. Je lui rappelle alors ma limite, et il me répond: « Non mais c’est pas loin, c’est juste là-haut… ». Bon. Puisque ce n’est pas loin, je peux bien faire cet effort. Nous repartons tous les trois en direction du lac Le Louché. Le chemin est raide, mes pieds commencent à me rappeler ma limite. Toujours pas de lac en vue.

  • « C’est encore loin ? Parce que là, je commence à avoir ma aux pieds »
  • « Non non, c’est juste là haut »
  • « J’ai déjà mal aux pieds, il va falloir faire le chemin inverse après »
  • « Oh ça va, moi aussi j’ai mal aux pieds »

Je transcris bien sûr cet échange avec mes mots, et basé sur mes souvenirs. Ce sont des évènements qui datent de 2006, peut-être 2007…

Je prends alors sur moi. Mes pieds me font souffrir. Le temps se couvre, la bruine commence à tomber. Je n’ai aucun plaisir à être là. Régulièrement, je me plains de mes pieds, et je me fais vertement remettre en place.

Après 3h au total, nous arrivons enfin au Lac le Louché, que nous ne verrons même pas, tellement le temps est brumeux. Je m’assieds. Je souffre le martyre. J’ose à peine le dire, j’ai très mal aux pieds. Mon ex fait la gueule. Nous repartons, et, n’ayant pas le choix, je fais les 3h de retour, sous la pluie, tant bien que mal, plus mal que bien.

Dès le départ de l’ami de mon ex, il me fera une scène. J’ai râlé toute la journée, en résumé, et entre les lignes, il a du passé pour un con aux yeux de son ami. Il me fera la gueule pendant le reste de la semaine de vacances, prenant tous les prétextes pour provoquer une prise de bec. C’était ma première randonnée dans le Vallon de Réchy.

Que tirer aujourd’hui de cette expérience ?

Bien sûr, c’est resté une expérience douloureuse pour moi. Comme souvent dans le cours de ma vie et face à « mes pervers narcissiques », je me suis retrouvé en conflit intérieur. Il avait raison, j’ai beaucoup râlé. Et en même temps, je l’avais averti de ma limite, et j’ai beaucoup souffert. Bien entendu, j’ai continué la relation, comme à chaque fois. J’ai pris sur moi. Je comprenais son point de vue. Je lui donnais partiellement raison. Et d’un autre côté, je faisais tellement d’effort pour qu’il m’aime qu’il faudrait bien qu’un jour, il le reconnaisse. Je n’allais certainement pas terminer cette relation avant que cela n’arrive.

Souvenez-vous, dans mon article précédent, je vous explique comment un psychopédagogue m’a parlé de mon égo. Dans le fond, je faisais tout pour que notre relation marche. Et probablement n’attendais-je que sa reconnaissance des efforts que je faisais pour ça.

Ce qui me saute aux yeux aujourd’hui, après bien sûr tout le travail que j’ai fait sur le sujet, c’est qu’à aucun moment il ne m’a soutenu, encouragé, entendu. Il n’avait qu’un objectif: épater son ami. Et j’ai gâché son plaisir avec mes petites misères. A l’époque j’étais incapable de voir à quel point ce comportement était anormal.

Ce qui me frappe également, c’est que moi-même n’ai à aucun moment eu l’idée de m’écouter, de me respecter et de lui proposer de continuer seul avec son ami. Et c’est un trait commun que je retrouve chez toutes les victimes avec qui j’échange: Cette incapacité à se faire passer avant l’autre.

Un jour, j’ai demandé à une amie: « Qui est la personne la plus importante de ta vie ? ». J’ai eu droit à toutes sortes de réponses:

  • « Ma grand-mère »
  • « Mon père »
  • « Mon mec »…

Et lorsque je lui ai dit « Non. La personne la plus importante de ta vie, c’est toi ! », j’ai obtenu pour toute réponse un rire gêné, et un « mais non, n’importe quoi !!! » …

Une personne demandait il y a quelques jours sur le groupe La Ligne de Coeur RTS sur Facebook: « Comment devient-on victime ? ». C’est une partie de la réponse. La victime est 100% tournée vers les autres. Elle ne considère pas ses besoins, du moins, pas avant ceux des autres. Il est dès lors très facile pour un manipulateur de développer son emprise.

L’objet de mon article est surtout de parler de reconstruction. Vous l’aurez compris, cette expérience n’a pas été des plus agréables. Entre temps, je me suis mis à la randonnée. D’abord avec mon amie Madelon puis seul. J’ai perdu beaucoup de poids depuis que je me suis remis au centre de ma propre vie, depuis que j’ai commencé à considérer que j’étais la personne la plus importante dans ma vie, et j’ai plaisir à faire des randonnées exigeantes.

Voilà maintenant plusieurs années que je veux revenir dans le vallon de Réchy et que je veux voir ce fameux lac. J’y suis revenu une fois, et j’ai dormi sous tente avec un autre mec fraichement rencontré. Ce devait être en 2012. Il s’est avéré qu’il s’agissait aussi d’une personne toxique. Fort heureusement, je ne suis pas tombé alors dans le panneau.

La semaine dernière, la météo du week-end s’annonçant clémente dans les Alpes, j’ai enfin décidé d’y retourner, seul, pour moi. D’abord parce que c’est un véritable paradis sur Terre. Ensuite parce que c’était une forme de revanche. Une revanche sur mon ex. Une revanche sur mon passé.

Ce fût un week-end magique, merveilleux. Je pense souvent à mon ex et à cette expérience durant mes randonnées. Et, bien entendu, durant ce week-end, c’était encore plus présent. Je me suis même surpris sur un chemin de Crête à lui hurler « Je t’emmerde !!! » en m’adressant à lui, dans l’immensité du vide au bord de mon chemin.

J’ai transformé l’échec. Même lieu, même personne, la personne la plus importante de ma vie, contexte différent. D’une victime souffrante, humiliée, méprisée, je suis devenu un homme centré, fier, sportif, et j’ai fait une randonnée 4x plus importante, car j’ai choisis de le faire, et je l’ai fait pour moi. Voici ce que j’appelle transformer l’échec.

On me dit parfois que j’ai de la facilité à écrire. Pourtant, je ne suis pas satisfait de mon article. Je le trouve confus, simpliste, il manque de relief, il ne relate pas totalement ce que je souhaitais. Je pense toutefois que le fond du message est là.

Si vous lisez ceci, c’est probablement que vous avez reconnu que vous étiez victime d’une personne au comportement pervers narcissique. Et probablement que vous avez également des expériences qui devaient à la base être plaisantes, et se sont transformées en cauchemar pour vous. Si c’est le cas, ne restez pas avec vos cauchemars. Vous n’êtes plus une victime, et votre bourreau n’est plus là pour vous pourrir la vie. Revivez l’expérience. Transformez cet échec. Vous êtes allez voir un spectacle qui vous tenait à coeur et ça c’est transformé en règlement de compte ? retournez voir ce spectacle pour vous, avec vos yeux, avec votre coeur, et votre satisfaction personnelle. Un lieu de vacances ? retournez y. Réconciliez-vous avec le lieu, et avec vous même. Un film que vous aimiez et il vous a gâché la soirée, vous laissant un goût amer ne serait qu’à l’évocation du titre du film ? Regardez-le à nouveau, et régalez-vous ? Reprenez l’expérience à votre compte.

C’est une douce revanche que de réaliser que nous avons le pouvoir de réparer ce qui a été détruit, de reprendre ce qui a été pris.

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