Haut-potentiel: Pourquoi j’ai fait le test WAIS IV et qu’est-ce qui ça a changé ?

Faut que je vous dise… en juillet, à l’occasion d’un déplacement en Belgique, j’ai finalement décidé de faire un test de détection du haut-potentiel.

Dans les années 2000, alors que je me posais des questions sur mon intelligence, j’ai fait un test d’entrée chez Mensa, une association de haut-potentiels. Celui-ci était alors, à mon souvenir, assez trivial. Il ne testait que « l’intelligence » à travers des tests tels qu’on les trouve facilement sur le net aujourd’hui. Les dominos, les séries, les formes spatiales. Alors qu’il fallait 130 pour entrer dans Mensa, mon score a été de 128. Je suis resté d’un côté sur cet échec cuisant pour moi à l’époque, avec dès lors ce sentiment que, effectivement, j’étais « plus intelligent que la moyenne ». Mais ça n’a pas changé ma vie. J’étais toujours en décalage, en souffrance, comme durant toute mon enfance et mon adolescence.

C’est bien des années plus tard, en lisant le livre de Christel Petitcollin 1) dans lequel je me suis reconnu page après page que j’ai véritablement pris conscience de ma particularité. Cette lecture a été une révélation pour moi. Enfin, on m’expliquait une grande partie de mes souffrances et de mon ressenti. Mais je n’avais pas d’expertise pour étayer ce constat. J’étais donc sans cesse dans le doute. Et si je me faisais des idées ? Il m’est même arrivé de me trouver prétentieux. Pourtant, tout ce que Christel décrivait dans son livre me correspondait, à différentes échelles.

Depuis 2012, j’ai donc continué ma vie, jonchée de doutes à chacun de mes accomplissements, en ayant toutefois le sentiment de comprendre qui j’étais, comment je fonctionnais. Réaliser que mon potentiel était élevé et qu’il pouvait expliquer pourquoi je pouvais apprendre si vite toute sorte de matières, trouver des solutions très rapidement à n’importe quel problème soumis, dans mon domaine ou non, et cette capacité que j’avais à avoir une vision globale. Le livre m’a permis de prendre du recul face à mon intransigeance, à être moins dur envers moi-même et envers les autres. J’ai pu comprendre pourquoi malgré un CV impressionnant, j’avais tant de difficulté à retrouver un emploi fixe. J’avais accumulé une telle variété de compétences et de connaissances qu’il était impossible pour un recruteur de me mettre dans une case… D’autant plus qu’en bon autodidacte, je n’avais pas de diplôme.

Malgré tout, sans test, sans résultat, cette petite voix parasite qui me disait sans arrêt « tu te fais peut-être des idées » , ou « tu n’es peut-être pas si HP que tu veux le penser » revenait régulièrement. C’est ainsi que j’en suis venu cet été à décider de faire le pas: valider mon impression: Faire expertiser cette Ferrari  comme je le symbolise dans un article précédent.

J’ai choisis pour ça le centre Relaxeau sur recommandation d’une amie. Le dépistage se passe en cinq séances. La première séance, qui s’est faite par Skype dans mon cas, est dédiée à l’anamnèse. Je me suis rendu ensuite au cabinet pour une seconde séance dédiée celle-ci à des tests qualitatifs. S’en est suivi une séance double pour le test WAIS IV en question, le fameux « test de QI ». Et enfin, nous avons eu une entrevue pour la remise et l’interprétation des résultats, également par Skype, puisque j’étais alors rentré en Suisse.

Les tests qualitatifs ont pour objectif de définir les hyperstimulabilités émotionnelle, imaginative, intellectuelle, sensorielle et psychomotrice, le mode de fonctionnement cérébral – la « distribution cerveau droit/gauche » – et enfin l’échelle des intelligences multiples proposée par Gardner 2) . Dès cette première séance, aucun doute: il y a haut-potentiel.

Les tests quantitatifs, regroupés sous le label WAIS IV, aujourd’hui un des ensembles de tests les plus utilisés pour la détection d’adultes à haut-potentiel, mesurent les éléments suivants:

  • Indice de Compréhension Verbale
  • Indice de Raisonnement perceptif
  • Indice de Mémoire de travail
  • Indice de Vitesse de traitement

puis, propose pour finir, permet de calculer un « QIT » ou Quotient Intellectuel Total correspondant au chiffre que l’on donne lorsque qu’on dit « j’ai un QI de tant ». Il faut toutefois savoir qu’à la question: « Quel est votre QI », il faut ajouter « sur quelle échelle 3) ? ». Car le WAIS IV n’est pas le seul test utilisé et reconnu, et l’échelle n’est pas la même pour tous les tests.

Le test de QI est donc une mesure. Celle-ci est représentée par des pour centièmes sur une courbe de Gauss. Le score de 100 correspond à la moyenne, le milieu de la courbe. 68 % de la population se trouve dans la moyenne, entre 85 et 115 de QI. 2.5% de la population a un score de plus de 130, et 1‰ (ou 0.1%) au delà de 145.

Voici donc venu le temps de mon résultat. C’était le 8 août dernier. Je dois dire que je m’attendais à un chiffre entre 128 et 132. Ca n’aurait pas été une surprise. J’étais surtout intéressé par la topologie des tests qualitatifs. Seulement voilà: c’était sans compter sur le coup de massue qui m’est tombé dessus:

  • THQI (très haut QI). QIT à 146. Je suis dans la tranche du un pour millième. Moi qui vient de la Chaux-de-Fonds, une ville de 38’000 habitants, je le symbolise comme: A la Chaux-de-Fonds, il y en a 38 comme moi.

C’est un choc. La séance se passe bien. Nous parcourons les résultats. La psychologue me donne quelques clés, par exemple: « Idéalement, il faudrait que vous ayez en permanence trois projets en parallèle pour vous occuper. Dès qu’un se termine, il vous faut en trouver un nouveau » … La séance se termine. Et je suis soudain submergé d’une vague: Une grande tristesse, un peu de colère. Pourquoi ne l’ai-je pas su avant ? Si seulement j’avais pu être détecté enfant. Si seulement j’avais pu comprendre plus tôt. L’après-midi sera pénible. Le moral dans les chaussettes, véritablement sous le choc.

Puis, dans la soirée, ce sentiment va se transformer. Et petit à petit je vais prendre la mesure de mon potentiel, et de comment il s’est exprimé dans ma vie jusqu’ici. Ma résilience, mon adaptabilité, ma capacité à apprendre tout ce dont j’avais besoin dès que j’en avais besoin. Ma rapidité, face à l’apparente lenteur (en comparaison) des autres. Le fait que, au grand dam de certaines de mes relations, j’ai (presque) toujours raison (ça, ça va faire grincer des dents, je le sais). Mais aussi ma tendance à toujours tout analyser, tout anticiper, tout vérifier. Mon intransigeance. Mon besoin de maitriser ma matière, la vérifier, la re-vérifier. Ma rapidité d’exécution et ma très forte tendance à la procrastination, trait typique d’un haut-potentiel s’il en est.

Un jour, j’ai dit à un proche: « Je suis capable d’apprendre n’importe quoi, pour autant que ça m’intéresse ». C’était avant le test. Et cette phrase m’avait laissé ce fameux goût du doute. Là, elle prenait tout son sens. Je suis en effet capable d’apprendre n’importe quoi, pour autant que ça m’intéresse. Peut-être penserez-vous que je risque de prendre la grosse tête ? Je ne le crois pas. Je l’avais déjà avant 🙂 dès lors, ça ne changera pas grand chose.

En fait, je sais de mieux en mieux comment je fonctionne. Je prends conscience de mes grandes qualités, et de mes biais.

Le THQI ne fait pas de moi un homme parfait, loin s’en faut. Il s’est accompagné, dans mon cas, de décalages, de grandes souffrances, d’expériences douloureuses, et il m’a amené à juger les autres et à me juger bien souvent, en me basant sur une échelle qui m’était propre, sans que je ne le comprenne.

Depuis quelques années, je travaille beaucoup sur mon développement personnel. Il s’agit donc ici d’une continuité. Ce résultat m’a permis de ne plus douter, et de prendre l’entière responsabilité de mes réussites et de mes expériences non abouties. C’était il y a une semaine. C’était il y a une éternité. Et devant moi s’ouvre l’infini des possibles. A moi d’en faire ce que j’ai envie d’en faire.

Le test de QI n’est pas un concours. On ne « réussit » pas un test de QI. On ne félicite pas quelqu’un qui apprend son score élevé de QI (oui, ça m’est arrivé et c’est exaspérant). Le test de QI présente un fait. Il permet surtout à une personne de découvrir son fonctionnement, et de mieux appréhender son rapport au monde. C’est exactement ce que ce test me permet de faire.

Si vous vous identifiez à mon article à propos de la Ferrari née dans un pays où tous naissent golf, et si le titre du livre de Christel Petitcollin 1) vous parle, je ne peux que vous conseiller d’envisager un test de détection. Non pas pour vous la péter, comme certains pourraient le penser, mais pour mieux vous comprendre. Pour mieux percevoir votre fonctionnement, pour vous donner le choix de vos réactions, le choix de vos choix.

 

 


1) Christel Petitcollin – Je Pense Trop – Comment canaliser ce mental envahissant
2) Wikipedia –Théorie des intelligences multiples de Gardner 
3) Wikipedia – Classification du quotient intellectuel 

1 réaction sur “ Haut-potentiel: Pourquoi j’ai fait le test WAIS IV et qu’est-ce qui ça a changé ? ”

  1. Ping En quête d’identité – Faut que je vous dise

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