La victime, seule au monde

Faut que je vous dise… quand on se réveille, qu’on réalise qu’on est dans une relation, amoureuse, amicale, professionnelle, avec une personne au comportement pervers narcissique, on est seul au monde.

Qu’est-ce qui explique cette situation ?

Après deux ans de deuil et de travail sur ma dernière rupture, j’ai fini par comprendre, et admettre que mon ex avait un comportement pervers narcissique. C’est à ce moment-là que j’ai découvert que mon chef en était un également.

A cette époque là, je suis allé manger de manière informelle avec le directeur de la société qui m’employait. J’ai profité de ce tête à tête pour en parler. C’était assez difficile pour moi: en tant que simple employé, commencer à dire au directeur qu’un de ses cadres est un pervers narcissique… pourtant, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai abordé le sujet.

A ma grande surprise, celui-ci s’est montré à l’écoute, puis m’a expliqué connaître la problématique des pervers narcissiques, qu’il avait connu ça dans le passé dans le cadre professionnel et qu’il participait à de nombreuses conférences sur les ressources humaines où le sujet avait déjà été abordé. Sur le moment, j’étais soulagé. J’ai pensé que j’étais enfin entendu. Je n’en attendais pas des miracles, juste la reconnaissance d’une situation inacceptable.

C’est alors qu’il me dit:

Je ne pense toutefois pas que ton chef soit un pervers narcissique. Narcissique, probablement, mais pas pervers narcissique. Les pervers narcissiques sont des destructeurs. Lui ne détruit pas son équipe. Il n’a que des louanges pour vous.

Et là, j’ai arrêté de chercher à en discuter avec lui. Je l’ai écouté, patiemment. J’ai opiné du chef, montrant que j’étais d’accord avec ce qu’il disait, puis nous avons changé de sujet. Comme beaucoup, il confondait « ouvertement destructeur » et « pervers narcissique ».

Mais où est la différence ? Pourquoi ai-je eu cette réaction ?

Il faut comprendre que le pervers narcissique, en bon narcissique et séducteur, est dans la performance. L’image, pour lui, est extrêmement importante. Tout acte, situation, événement qui pourrait porter atteinte à son image est vécu très violemment. Aussi, il fera tout pour qu’elle ne soit jamais mise à mal. Sachant qu’il a lui même sélectionné les membres de son équipe, le fait de la critiquer ou de dénigrer un de ses membres pourrait indiquer qu’il a fait un mauvais choix. Vous comprendrez dès lors qu’il ne pourra faire autrement que d’avoir des louanges pour sa propre création, sa sélection.

Malheureusement, trop de gens pensent encore qu’un pervers narcissique est une personne dont on peut voir, d’une manière ou d’une autre, qu’elle est destructrice. Et même des personnes qui prétendent connaître le sujet se trompent lourdement, accentuant encore ce phénomène de solitude de la victime qui se réveille de son cauchemar pour en découvrir un autre. Celui du doute et de la solitude.

Pas plus tard que cette semaine, une amie me disait en substance: « je pense que tu te trompes sur ton ex. Il n’était pas si pervers narcissique que ça. » Ce ne sont pas ses mots exacts (pardon si tu me lis), mais c’est ce que j’ai entendu. Sur le moment ça m’a contrarié. Mon égo étant ce qu’il est, je suis absolument convaincu de ce que j’avance. Pourtant, dès qu’on immisce le doute dans ma pensée elle fait son chemin, et mon naturel veut que je remette en question ma conviction.

Je me suis arrêté pendant 3 mois dans cet emploi afin de travailler sur ma position de victime. J’en parle dans mon article précédent. J’ai ensuite repris le travail pendant 5 mois, avant de me faire licencier. Durant tout ce temps, j’ai du lutter contre vents et marées afin de ne pas remettre en doute ce que je savais désormais: « Mon chef est un pervers narcissique, et je suis sa victime ». Ca a été très difficile pour moi. Et il ne s’agit pas de s’accrocher à sa position de victime, mais d’admettre simplement que l’on est victime, sans quoi il est impossible d’en prendre la responsabilité et d’avancer.

Une autre des caractéristiques de la personne au comportement pervers narcissique est également sa capacité à faire « comme si de rien était ». Ainsi, elle peut dire à sa victime en la regardant dans les yeux à quelle point elle est déçue, voire attristée par un comportement, et quelques minutes après, lui faire un grand sourire et lui parler comme si il ne s’était jamais rien passé. C’est un comportement qui renforce ce doute, cette honte.

Il faut se rappeler que le pervers narcissique est un séducteur. C’est un expert du transformisme. Il a un stock de masques infini. Même plus que cela: c’est un fabriquant de masque, un véritable caméléon. Ainsi, il saura toujours revêtir le masque idéal quelque soit la personne ou le groupe de personnes qu’il aura en face de lui.

Lorsque j’étais avec mon ex et que j’ai commencé à le présenter à mes amis et à ma famille, j’ai été frappé de la façon dont les gens le percevaient et en parlaient:

Il est parfait. Je suis tellement content pour toi que tu aies rencontré quelqu’un de si bien

ou

Il est génial. C’est super que tu l’aies rencontré, il va t’apporter beaucoup

C’était toujours dit dans le sens qu’il allait m’apporter quelque chose. A aucun moment j’entendais l’inverse. Ou ne serait-ce qu’on s’était bien trouvé par exemple. C’est le genre de phrase que j’ai entendu à plusieurs reprises. Aussi, si elles me flattaient dans une certaine mesure, elles ne collaient pas. Je savais bien, moi, qu’il n’était pas parfait. Nous étions en couple, je faisais des compromis, et je l’aimais tel qu’il était. Mais parfait ? c’était exagéré. Il y avait quelque chose de décalé. En fait, c’est parce qu’il avait su porter le masque adapté à ma famille ou à mes amis, ce masque de perfection si important pour que son image brille. Et ça avait marché.

Dans le cadre professionnel, il en va de même. Le bon pervers narcissique séduit ses supérieurs, ses pairs, les clients. Il les épate. Il est dans la qualité et la performance. Ses résultats sont toujours excellents. Et s’ils ne le sont pas, il réussira à démontrer avec brio que ce n’est pas de sa faute.

Dès lors, dans les deux cas, dans le couple comme dans le monde professionnel, lorsque la victime d’une personne perverse narcissique cherche de l’appui, elle se retrouve à parler à des personnes qui n’ont que des éloges pour la personne concernée. Lorsque j’ai cherché de l’appui, lorsque j’ai voulu réagir, je me suis retrouvé face à des personnes qui me faisaient douter sans arrêt. « Ce que tu me décris là, c’est juste qu’il fait son boulot de chef » ou, dans le cadre privé « vous vous êtes juste mal compris… ».

Imaginez le scénario suivant:

Une personne, la boule au ventre, rend un rapport à son chef. Celui-ci, l’air de rien, lui dit « j’espère que ce sera bon, cette fois ». Là, son ventre se tort… « J’espère aussi » se dit-elle en son for intérieur. Car ce n’est jamais bon. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas: la virgule qui manquait, un chiffre qui est faux, une phrase qui aurait du être tournée autrement. Mais il n’a jamais relevé ces imperfections en public. Toujours en tête à tête, sans témoin.

La veille, cette personne est tombée sur des articles sur internet à propos des pervers narcissiques. Elle a vaguement reconnu sa situation. Mais le doute persiste: ça parait tellement énorme.

Elle sort du bureau de son chef puis retrouve un collègue dans le couloir:

  • Mon chef m’épuise. Je n’en peux plus. J’ai lu un truc sur les pervers narcissiques, je pense que c’en est un.
  • Mais non. Il fait juste son boulot de chef
  • Non non j’en suis sûr. J’ai lu un article sur internet hier soir, tout y est ! Il n’arrête pas de me reprocher la qualité de mon travail, de me dire que je pourrais faire mieux. Quoi que je fasse c’est faux. Il ne s’excuse jamais.
  • C’est juste qu’il veut que le boulot soit bien fait. Et t’imagine si le chef commence à s’excuser… Ca reste ton chef quand même !

Et là passe le chef en question, tout sourire, limite joyeux. Il salue les deux personnes, il remercie sa victime au passage pour l’excellent rapport fourni. Puis il continue son chemin.

  • Tu vois, il trouve que ton rapport est excellent. Tu te fais des idées. Arrête de te prendre la tête

Et là, la victime de douter, de se torturer à essayer de comprendre ce qu’il vient de se passer, puis d’adhérer douloureusement aux dires de son collègue, qui est plutôt gentil, avenant, et en qui elle a confiance…

La victime du pervers narcissique étant de nature à toujours douter, à toujours se remettre en question – ce qui participe d’ailleurs fortement à sa situation – se retrouve à douter une fois de plus. Certaines, voire beaucoup, arrêteront de chercher et retourneront dans leur enfer, silencieuses, con[vaincues] que « si les collègues/amis le disent, c’est que ça doit être vrai… Je me fais des idées. ». C’est une triple peine: la solitude, le doute, et la honte.

Pour moi, avec ce chef, tout à basculé lorsque je lui ai montré que je ne le craignais pas. J’avais fait mon chemin, et j’étais prêt à perdre mon boulot plutôt que de continuer à vivre cet enfer. Un jour, il m’a appelé au téléphone. Il m’a parlé très mal, et m’a dit que « tout le monde se plaint de ton travail », que « tu es sur la mauvaise pente ». J’étais sidéré, j’avais les jambes coupées. Mais je suis resté calme. Je l’ai laissé faire sa crise, car c’était une véritable crise « j’en ai marre, je suis entouré de bras cassé. Je passe mon temps à récupérer les conneries des autres »…

Je lui ai simplement dit: « Qui, tout le monde ? ». Il n’avait pas la réponse. et je savais que c’était faux. Puis lorsqu’il a parlé de la « mauvaise pente », je lui ai simplement dit: « fais ce que tu as à faire, si je suis sur la mauvaise pente ».

Le lendemain, je suis allé voir les ressources humaines, signifiant que je ne reporterais dorénavant plus à cette personne, et j’ai expliqué l’épisode de la veille. J’ai proposé une changement de poste dont je savais qu’il serait bénéfique pour l’entreprise. Trois semaines plus tard, je recevais, pour toute réponse, ma lettre de licenciement.

Je suis parti de ce poste la tête haute. Car je savais que j’avais fait ce qu’il fallait, ce qui était juste pour moi. Et bien que je me sois retrouvé dans une situation précaire ultérieurement, je n’ai jamais regretté ma réaction. Par contre, je me suis souvent retrouvé seul lorsque j’essaie d’expliquer autour de moi ce qu’est un pervers narcissique. Très, trop souvent encore, on essaie de me dire que « mais non… c’est pas ça un pervers narcissique. Un pervers narcissique, il détruit, il pompe l’énergie de sa victime, il la maintient sous son emprise ».

Alors oui, tout ça est vrai. Mais ce n’est pas visible. Il n’a pas une queue, des cornes et un trident, que l’on reconnaît à son passage. Et ses victimes ne sont pas marquées de son sceau au fer rouge. Il ne hurle pas, ne critique pas sa victime ouvertement devant témoin. La destruction se fait de l’intérieur, telles les larves de guêpes qui consomment petit à petit la chenille vivante de l’intérieur. Ses armes, et c’est là qu’est la perversion, sont les faiblesses, les émotions, les sensibilités, les doutes de sa victime. C’est par de petites phrases (« j’espère que ce sera bon, cette fois »), de petites critiques anodines, des comportements non verbaux qui peuvent paraître banaux, que petit à petit, il instille son venin, et détruit sa victime, victime qui doucement s’éteint, se vide, et fini dans la dépression, le burn out, voire le suicide, sans que personne autour n’ait rien vu venir.

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Si vous faites parties des personnes qui pensent savoir ce qu’est un pervers narcissique, et réalisez en lisant cet article que vous faisiez fausse route, laissez un commentaire. Je serais heureux d’échanger avec vous.

Mes articles sont un message pour les personnes qui se réveillent. N’hésitez pas à les partager si vous pensez que quelqu’un dans votre entourage est concerné.

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