Arrête de faire ta victime, prends tes responsabilités

Faut que je vous dise: durant mon chemin personnel, il m’est arrivé de croiser des personnes pleines de bonne volonté et de bienveillance qui me disaient: « sors de ton rôle de victime. Prends tes responsabilités ».

Voici des mots que l’on a de la peine à appréhender lorsqu’on est au fond du trou, n’est-ce pas ? Que voulaient-ils dirent au juste ? Personnellement, je culpabilisais de ne pas y arriver. Je cherchais en quoi j’étais responsable des souffrances que les autres m’infligeaient, ou m’avaient infligé. Je me sentais encore plus mal de ne pas comprendre. J’étais une victime. Les autres m’avaient fait, ou me faisaient du mal. Comment pouvait-on me demander de prendre mes « responsabilités » ? Lesquelles ? Comment faire ?

Il aura fallu bien des années, et beaucoup de travail afin que je comprenne enfin ce que cela voulait dire et que j’en sois capable.

Commençons par expliquer ce qu’il y a derrière ces deux mots:

On attribue volontiers le « rôle de victime » à une personne qui a tendance à mettre ce qui lui arrive sur le dos d’événements passés ou présents: un collègue maltraitant, un proche agressif, un licenciement, un surendettement. On peut même aller jusqu’à l’alcoolisme que l’on attribuera peut-être à un système trop stressant ou à une enfance brisée, ou à une addiction liée à une pression trop importante du monde du travail. Bref: c’est de la faute des autres. La personne qui est dans ce « rôle » est plutôt dans l’inaction. Elle subit, se plaint de sa situation, mais ne bouge pas (ou du moins en donne l’impression), pour des raisons qui lui sont propres.

La personne qui prend ses responsabilités aura plutôt tendance à être dans l’action, le mouvement. Son job ne lui plaît pas ? elle en changera. Le système est trop stressant, elle prendra du recul. Si une personne l’agresse, elle se défendra ou mettra la distance nécessaire. Elle ne restera pas là à subir.

Vous comprendrez que lorsqu’on identifie une personne dans la victimisation, et qu’on la compare à une qui prend ses responsabilités, cette première peut se sentir encore plus mal.

Alors comment peut-on vraiment aider une personne dans la victimisation ? comment peut-on en sortir soi-même ?

Il faut commencer par accepter que nous n’avons pas tous la même vision du monde. Nous vivons chacun des expériences très différentes, certaines parfois traumatisantes. Ainsi, l’enfant qui a été élevé sous les coups et les reproches n’aura pas du tout le même rapport à la vie que celui qui l’a été dans l’amour et les encouragements. La personne qui aura eu à faire un des destructeurs dans son environnement professionnel aura certainement un autre comportement que celui qui aura eu un employeur juste et attentif. D’autre part, nous ne fonctionnons pas tous de la même façon: bien que nous vivions dans un système normatif qui essaie de nous faire tous entrer dans le même moule, chacun voit la vie à travers les filtres de ses expériences, de ses joies, de ses peines.

De victime à victimisation

D’abord, seule la victime peut parler de l’impact qu’a un événement sur elle. Encore une fois, chacun vit à travers ses propres filtres, et alors qu’une personne qui se casse un doigt pourrait trouver que c’est la fin du monde, une autre peut perdre une jambe et rebondir avec force et courage. La victime, quoi qu’elle ait subi, a d’abord besoin d’être reconnue. Minimiser ce qu’elle a vécu en se basant sur nos propres croyances est la meilleure façon de la pousser à la victimisation. Peu importe si pour vous, se casser un doigt n’est pas grave. Si une personne le vit comme une drame, il est important de lui en laisser le droit. Une victime non reconnue risque de rester enfermer dans sa souffrance, et de tourner en rond tant qu’on n’en a pas accusé réception.

Pour autant, il ne faut pas s’apitoyer avec elle sur son sort. Une simple écoute attentive, bienveillante, suffit souvent à ce qu’elle se sente enfin entendue. C’est également une question de temps. Au contraire, l’accompagner dans sa victimisation peut également avoir l’effet inverse. D’autre part, vous ne vous sentirez pas très bien non plus, et vous risquez de vous retrouver dans une situation fort désagréable ou la personne ne vous contactera plus que pour que vous vous plaigniez avec elle.

De victime à responsable

Dans mon cas, il a fallu du temps, de l’énergie, et beaucoup de travail personnel pour tourner la page avec certains traumatismes. Lorsqu’on est seul, ou entourer de personnes faibles, il est impossible d’être reconnu dans nos souffrances. Seul face à soi-même le travail est long et difficile. J’ai personnellement pu changer de point de vue le jour où j’ai compris que mes croyances sur moi-même étaient fausses et infondées. J’ai tendance à dire que je suis devenu adulte à 38 ans. et il m’a encore fallu environ 5 ans pour arriver à faire la différence entre être une victime, et devenir responsable de ma propre vie.

Quoi qu’il nous arrive, nous sommes responsables de notre propre vie. Ceci vaut bien sûr pour les adultes. On ne peut pas dire à un enfant qu’il est responsable de sa vie. Tant qu’il n’est pas autonome, qu’il n’est pas capable de penser par lui-même, qu’il n’a pas l’expérience nécessaire, il dépend de ses parents, et c’est à eux seuls d’être responsables. Par contre, une fois adulte, chaque personne est responsable de ce qu’il fait de sa vie, et de la façon dont il subit les agressions et autres aléas.

Vous l’avez vu dans mes articles précédents, j’ai travaillé sur le thème des pervers narcissiques. Ceux-ci sont partout or, alors que j’en ai été victime plusieurs fois dans ma vie, j’ai fini par réaliser que ce qui faisait la différence par rapport à d’autres personnes qui n’en étaient pas victime était mon estime de moi, ma confiance en moi, et ma tendance à tout le temps douter. Du moment où j’ai appris à m’estimer, à reconnaître ma propre valeur, j’ai repris la responsabilité de ma vie.

Finalement, la responsabilité de quoi ?

C’est ce qu’il m’a été difficile d’appréhender. Il y a des années, lorsqu’on me disait de prendre mes responsabilités, j’entendais que j’étais responsable de ce qu’il m’était arrivé. Or, il s’agit d’être responsable du présent, et de l’avenir, en aucun cas de chercher à comprendre en quoi sommes-nous responsables du passé, des agressions, des traumatismes que l’on a subi. C’est ce que fait la femme battue qui reste avec son mari, ou la victime d’un chef pervers narcissique qui reste dans son emploi: elle cherche en permanence quelle a été sa responsabilité dans la maltraitance qu’elle a subit. Dites à un enfant battu qu’il est responsable de l’avoir été, à une femme violée qu’elle l’a cherché ! Vous savez tous (j’espère) à quel point ceci peut-être destructeur.

La responsabilité à prendre est de refuser que ça continue, et de faire des choix, il est vrai, parfois difficiles, afin de sortir de ces situations dans lesquels on subit l’inacceptable.

Chacun à son rythme

Il m’est facile de dire ça aujourd’hui. Il faut noter qu’avant d’en arriver là, j’ai traversé de nombreuses périodes de victimisation et parfois de désespoir. Aujourd’hui, je sais exactement de quoi j’ai été victime, et que je n’ai aucune responsabilité dans ces événements. Je me suis accordé la reconnaissance de mon statut de victime. Je suis beaucoup plus au clair avec moi-même et c’est ce qui m’a permis de prendre la responsabilité de ma vie.

Il est indispensable d’accepter que chacun avance à son rythme. Et parfois, il faut laisser une personne faire son chemin, même si c’est énervant. Rien n’oblige qui que ce soit à « subir » la victimisation d’une autre personne. Si vous connaissez une personne dans la victimisation, que vous avez envie de l’aider, écoutez-la avec bienveillance. Accusez réception de sa souffrance. Encouragez-la au changement, mais ne la brusquez pas. Ne l’accusez pas de « ne pas vouloir s’en sortir ». Et si ça devient trop lourd pour vous, prenez de la distance. Vous avez le droit. Vous n’êtes pas responsable de sa vie, et devez également prendre soin de vous.

Personne n’a dit que c’était facile…

4 réactions sur “ Arrête de faire ta victime, prends tes responsabilités ”

  1. Emmanuelle Réponse

    Je te lis, je te suis, je me perds aussi… et surtout je mets énormément (au sens pachydermique) de distance avec certains de tes mots. Je t’embrasse fort.

    • Akim Auteur ArticleRéponse

      Bonjour Emmanuelle. Avec quels mots par exemple ? (si tu veux me répondre par email plutôt qu’ici, tu peux 😉 :* )

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